aventuriers devant un dragon

Les Feux d’Aubépine — Chronique I : Sous la Crypte des Murmures

Par Le Scribe d’Argemyr · 23/10/2025

“Dans le monde, il y a deux sortes d’hommes : ceux qui allument les torches, et ceux qui attendent dans l’ombre qu’on revienne les chercher.”

— Proverbe des plaines de Vael.

La pluie martelait la pierre du vieux sanctuaire depuis des heures, et pourtant la torche que tenait le paladin Eldric brillait d’une flamme fière, comme si même la tempête refusait d’en ternir la lueur. Derrière lui, la fine silhouette de Kaela, rôdeuse des Marches, s’effaçait dans les ombres, ses yeux d’ambre balayant les colonnes noircies. Le troisième du groupe, un demi-elfe au manteau râpé, murmurait des mots anciens — Edran, mage errant du Collège d’Amareth, porteur de secrets plus lourds que sa besace.

Ils avaient suivi une rumeur, comme tant d’autres avant eux : celle d’un reliquaire oublié enfoui sous le village d’Aubépine, où les morts n’avaient jamais cessé de parler.

Le seuil

La dalle s’ouvrit dans un soupir. L’air qui s’en échappa était froid et sec, parfumé d’encens éteint depuis des siècles. Eldric leva son bouclier, dont le bord luisait sous la flamme, et descendit le premier. Les marches menaient à une vaste nef souterraine, envahie de racines. À mesure qu’ils avançaient, les chuchotements grandissaient. Pas des voix humaines — des échos de prières brisées, murmurées sans fin par les murs eux-mêmes.

— “Des âmes retenues,” souffla Edran. — “Ou des pièges,” répliqua Kaela, arc bandé.

Soudain, un craquement. Une dalle céda sous le pied du paladin — mais il eut le réflexe d’enfoncer son épée dans le mur, suspendu dans le vide d’un gouffre invisible. Le mage traça un signe dans l’air. Une lueur bleutée se déploya, révélant un gouffre circulaire béant, et, au fond, une fosse constellée d’ossements.

Les gardiens oubliés

Ils contournèrent le piège, atteignant un vestibule gardé par deux statues de prêtres en pierre. Les visages étaient effacés, mais leurs mains, jointes autour d’un calice, semblaient encore frémir.

Kaela posa la main sur la coupe.

— “C’est du vrai or,” dit-elle avec un sourire. — “Non,” murmura Eldric. “C’est un serment.”

Au moment où la flamme de la torche toucha le métal, les statues s’animèrent. Leurs yeux de pierre s’illuminèrent d’un éclat cendré. Edran leva son bâton — un trait d’énergie jaillit, pulvérisant la première statue en éclats. La seconde abattit son poing sur le sol, projetant un nuage de poussière et de voix mêlées.

Eldric chargea, son épée bénie traçant une ligne d’argent dans la pénombre. Le choc fit trembler la crypte, et les prières se muèrent en cris.

Quand le silence revint, la torche était éteinte.

La salle du reliquaire

Ils atteignirent la salle finale à la lumière des runes du mage. Au centre, sur un autel d’obsidienne, reposait une urne gravée d’un nom qu’aucun des trois ne connaissait. Des chaînes d’argent l’enserraient, reliées aux murs par des crochets d’acier ancien.

— “Nous devrions partir,” murmura Kaela. — “Nous sommes venus chercher la vérité,” répondit Edran.

Il posa sa main sur les chaînes, prononça un mot de libération. Les liens se brisèrent dans un éclat aveuglant — et la crypte s’éveilla.

Des silhouettes surgirent des murs, transparentes, leurs bouches ouvertes sur des cris muets. Eldric brandit son emblème sacré, récitant une prière des Templiers de Vael. Une onde d’or se propagea dans la salle, dissipant les spectres.

Quand la lumière s’éteignit, il ne restait que l’urne, fissurée, et à l’intérieur, une flamme vivante — une lueur d’âme.

Edran la contempla longtemps.

— “Un fragment de dieu,” dit-il enfin.

Épilogue

À l’aube, ils quittèrent le sanctuaire. Le ciel d’Aubépine s’éclaircissait d’un rouge de braise, et la pluie avait cessé. Kaela ferma la marche, un regard en arrière vers la colline où les murmures s’étaient tus.

Personne, jamais, ne sut ce que devint la flamme de l’urne. Certains disent qu’elle brûle encore, gardée dans la tour d’un mage solitaire. D’autres jurent que les nuits de tempête, on entend les voix d’Aubépine chanter sous la terre.

Chronique tirée des Archives de la Taverne, récit recueilli auprès d’un voyageur du nom d’Eldric Vael, Paladin de la Flamme Éteinte.

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