un space marine flottant dans l'espace

Eris VIII — La Chair et la Foi

Par NeferNedjer · 02/11/2025

I. Silence d’acier

Le module dérivait dans le vide depuis vingt-trois heures standard. L’onde de choc d’Eris VII l’avait projeté hors de l’orbite, le laissant tournoyer lentement, son blindage couvert de cendres vitrifiées.

À l’intérieur, Frère Thassor était debout, immobile. Les servomoteurs de son armure ronronnaient faiblement, rythmant sa respiration. Chaque clignement de ses capteurs frontaux renvoyait le même message :

"Aucune transmission humaine confirmée. Biocontact : nul. Pureté vox : compromise."

La mission était accomplie.

La station minière n’était plus qu’un fragment incandescent, bénie par le feu purificateur. Mais les mots du cultiste mourant, à genoux dans le Noyau de Commande, restaient gravés dans la mémoire de Thassor :

"La Mère s’éveillera. Vous serez des offrandes."

Le Space Marine se détourna du hublot, où l’ombre du monde brûlé disparaissait lentement dans la poussière stellaire. Il enclencha la balise d’urgence. Et attendit.

II. Le vaisseau fantôme

Douze heures plus tard, un signal répondit. Fréquence impériale codée. Frégate Sanctis Vigil. Secteur Calixis. Croiseur-écran de reconnaissance, détaché de la flotte de sous-secteur.

" Module identifié. Matricule Astartes non reconnu. Ordre : récupération sous quarantaine totale. Interdiction de contact visuel direct. "

Les mâchoires du sas s’ouvrirent, avalant le module comme un péché qu’on préfère ne pas nommer. Les lumières d’alerte baignaient la baie dans une lueur orange. Personne n’attendait Thassor à la rampe ; seule une voix vox l’accueillit.

" Frère Astartes, vous êtes sous le protocole Thanatos VII. Restez à l’intérieur de votre armure. Aucun contact n’est autorisé. "

Thassor obéit. Il sentit la baie vibrer autour de lui : scellage, purification, aspersion d’encens et d’huile bénite. Une odeur d’ozone et de cendre remplaça l’air.

Quand la voix revint, elle avait perdu tout ton humain.

" Vous serez transféré vers le compartiment de quarantaine C-Δ-13. Votre foi est votre témoin. "

III. Compartiment C-Δ-13

Le couloir menant à la cellule d’isolement n’était éclairé que par la lumière pulsée des runes de contrôle. Les murs semblaient respirer au rythme du vaisseau, métal et prière mêlés. Thassor s’y engagea seul. À chaque pas, l’écho de ses bottes résonnait comme une procession.

Sa cellule : dix mètres carrés de céramite sanctifiée. Un autel incrusté dans la paroi. Une trappe pour la ration. Et, au-dessus, un vox mural à l’émission unidirectionnelle.

" Vous resterez en observation pendant cent heures standard. Aucune réponse n’est requise. L’Empereur juge dans le silence. "

Thassor posa son bolter contre le mur. L’armure grinça quand il s’agenouilla. Il pria longtemps.

Mais, à la dix-huitième heure, il entendit le vaisseau respirer autrement. Un léger frottement dans les conduites d’aération, régulier, mouillé, presque… vivant.

IV. Les voix du métal

Le vox s’activa sans préavis.

" Frère Thassor, rapportez tout symptôme d’infection ou de perturbation spirituelle. " — Aucun. " Des anomalies ont été détectées sur votre signature thermique. Fluctuation organique interne. Explication ? " — Prière. " Prière ? " — La foi brûle. La chaleur est la preuve de Sa présence.

Un silence. Puis le grésillement se coupa.

Quelques minutes plus tard, la paroi vibra. Un son faible, un murmure indistinct, comme une respiration… ou un chuchotement étouffé dans les conduits. Thassor se leva. Un coup sec de gantelet contre le mur : CLANG.

Silence. Puis, lentement, la vibration reprit.

Il récita les litanies du Mépris, voix basse, lente. Le son s’interrompit à nouveau.

Quelque chose, de l’autre côté, écoutait.

V. Observation

Au bout de trois jours, le vaisseau avait changé de ton. Les transmissions s’étaient espacées. Des sections entières étaient fermées “pour maintenance rituelle”. Des serviteurs n’étaient jamais revenus des conduits.

Thassor, lui, ne dormait pas. L’armure le tenait éveillé, nourri de fluides bénis, de sermons codés en sous-courant vox. Mais le métal autour de lui respirait de plus en plus fort.

Au quatrième jour, il vit la première goutte. Sur le plafond : une perle sombre, visqueuse, tombant lentement sur le sol sanctifié. Elle s’étala, puis vibra au rythme de son cœur.

Le bolter se leva instinctivement. Un seul tir.

La goutte disparut dans un éclat de cendre noire. Mais sur la paroi opposée, là où la balle avait frappé, la même matière recommença à couler, lentement.

VI. Le rapport du Magos-Exorciste

Quelques heures plus tard, une voix nouvelle apparut sur le canal. Mécanique, tranchante.

« Ici le Magos-Exorciste Lyktar. Analyse en cours. Votre module a ramené des traces génétiques inconnues. Votre armure est devenue un vecteur. Vous ne quitterez pas le compartiment, Frère. »

Thassor répondit sans colère. " Je n’ai pas besoin de quitter ce compartiment pour purifier. "

Il activa les runes d’autodiagnostic. Une lumière rouge envahit la visière. Des anomalies s’affichèrent : microfluctuations biologiques, signatures énergétiques non répertoriées.

Sous le plastron, quelque chose battait, à contre-rythme de son cœur.

" Frère, " fit Lyktar, " si vous sentez la moindre altération sensorielle, récitez la litanie du Sacrifice et attendez la dépressurisation. " " L’attente est un luxe. "

Et Thassor coupa la liaison.

VII. Le confinement cède

Le cinquième jour, les prières automatiques du vaisseau cessèrent. Les haut-parleurs ne psalmodiaient plus. Le silence redevint organique.

Puis vint la sirène. Pas d’urgence mécanique : d’émeute.

À travers la paroi, Thassor sentit les vibrations de tirs de fusils laser. Des cris humains étouffés. Des ordres contradictoires.

Le vox se ralluma. Une voix paniquée.

" …Section C-Δ… tout le pont ! Les ombres bougent ! " " Ce n’est pas un écho thermique, c’est vivant ! "

Puis plus rien.

La lumière de sa cellule vacilla. Une silhouette passa derrière la vitre blindée de l’observateur, de l’autre côté du sas. Une silhouette d’homme… ou ce qu’il en restait. Des bras plus longs que nature. Et un regard vide, brûlant d’un feu ancien.

Thassor leva son épée tronçonneuse.

" Par l’Empereur, la chair brûlera, " dit-il doucement.

Et il frappa le panneau de commande.

Le verrou sauta.

VIII. Le corridor des échos

La porte s’ouvrit dans un nuage de vapeur rouge. Le couloir n’était plus un couloir : il pulsait, les parois couvertes de cette matière sombre, presque respirante. Les serviteurs de maintenance gisaient à même le sol, fusionnés à leurs outils, mi-métal, mi-chair.

Thassor avança. Chaque pas soulevait un écho, comme si le vaisseau répétait son mouvement. Une main de chair surgit du mur ; il la trancha d’un revers sec. Le sang noir éclaboussa sa visière.

“La Mère s’éveillera.” La voix n’était plus dans sa mémoire. Elle venait du vox, parasitée.

" Qu’elle vienne, répondit Thassor. "

IX. La salle de prière

Il atteignit la chapelle centrale. Les cierges fumaient encore, mais la flamme n’était plus dorée : elle oscillait d’un rouge profond, comme du sang brûlé. Au pied de l’autel, les corps de l’équipage s’étaient agenouillés — pas morts, mais immobiles, priant à l’unisson, les yeux révulsés.

Et, au centre, pendue à la croix d’adamantium, une masse informe de chair et de câbles, respirant dans un rythme lent, constant, parfait.

" Frère Thassor… " murmura une voix féminine dans son vox, " Tu as apporté la lumière. "

Il comprit. Il n’était pas seul dans sa cellule. Elle était venue avec lui.

X. Le feu

Le Space Marine enclencha les charges thermiques de son armure. Le mécanisme chanta. Les prières de mise à feu résonnèrent dans son vox : Ignis, redemptio, Imperator.

" Pardonne-moi, Seigneur. J’ai confondu ta lumière avec ton ombre. "

Il tira.

L’explosion avala la chapelle, le pont, la section tout entière.

Épilogue — Le Battement et le Feu

L’explosion déchira la Sanctis Vigil comme un psaume inversé. La lumière du réacteur avala les coursives, emporta la Mère et toute sa couvée dans un brasier de promesse. Le feu purificateur fit taire les voix. Un instant, tout fut lumière.

Puis le vide.

L’onde de choc arracha les blindages, projetant des fragments d’acier et d’os dans l’obscurité stellaire. Au milieu des débris, un corps massif tourna lentement sur lui-même : Frère Thassor, enfermé dans sa céramite brisée. Les systèmes d’urgence de l’armure claquèrent, scellant les fissures, saturant les poumons d’oxygène sanctifié. Il ne bougeait plus, figé entre les flammes mourantes et la nuit sans fin.

Les runes de statut vacillèrent sur son viseur.

OXYGENE : critique. TEMPÉRATURE : létale. VIE : persistante.

La foi remplaça les chiffres.

“ L’Empereur n’abandonne pas Ses instruments. ”

Il ouvrit les yeux. Dans le reflet du vide, la lumière d’une étoile frappa son casque et s’y fixa comme une bénédiction. Son bolter flottait à portée de main — encore chaud. Thassor le saisit, lentement, et s’immobilisa à nouveau.

" Mission accomplie ", murmura-t-il. Mais la guerre ne s’achève jamais.

Son cœur battait toujours. Et, loin de là, les auspex d’un croiseur impérial enregistrèrent un écho isolé — un battement rythmique, profond, obstiné.

“ Balise de survie Astartes… signal confirmé. ”

Frère Thassor dérivait vers la lumière. Pas mort. Pas sauvé. Juste en attente du prochain feu.

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